décembre 2013

La filière bois, c’est du solide

La Franche-Comté a des compétences pointues et des élèves très bien formés. Mais elle doit faire face à un marché qui s’internationalise.
Photo Laurent Cheviet

  • commentercommenter
  • envoyerenvoyer
  • imprimerimprimer
  • caractèrePLUSMOINS
Le bois est une richesse franc-comtoise. La région est la 3e de France en taux de couverture forestière. Elle s’est surtout fait une spécialité de son exploitation et compte aujourd’hui des entreprises et des formations dans presque tous les domaines. Actuellement, la filière compte 3200 établissements et plus de 10 000 salariés. Les formations reçoivent plusieurs centaines d'élèves chaque année.
«Elles couvrent tous les métiers de la filière, depuis l’exploitation de la forêt jusqu’à l’utilisation du bois» confirme Christian Dubois, délégué général de l’Adib (1). Bémol : la fermeture de la formation scierie, «par manque d’effectif et d’attrait pour la profession». Si les partenaires réfléchissent à une alternative pour relancer la formation dans ce domaine, le reste de l’offre en industrie du bois est étoffée, que ce soit en construction, en ameublement, en agencement ou du côté des métiers d’art. Elle compte des établissements d’enseignement réputés, comme le lycée du bois et les compagnons du tour de France à Mouchard ou le lycée Pierre Vernotte à Moirans, spécialisé dans les métiers d’art (2). Même les Québécois les envient : «Ils sont très friands de gens formés chez nous annonce Christian Dubois, notamment sur le niveau BTS. Prochainement, un échange d’étudiants et de formateurs est organisé. Ils sont intéressés par notre savoir-faire en matière d’économie d’énergie, de basse consommation, d’isolation. Ils disent avoir dix ans de retard». Cependant, s’il existe quelques licences pro, un jeune qui veut aller au-delà du BTS doit partir. «C’est dommage car nous avons les ressources, les compétences et un tissu d’entreprises».

L'avenir : bois énergie et bois de construction

Côté entreprises, les activités en amont (sylviculture, travail du bois) sont, selon l’Insee, surreprésentées par rapport à la moyenne française. L’Institut note deux sources de dynamisation actuelle : le développement du bois énergie et l’utilisation croissante du bois dans la construction. «Mais dans la construction et la conception, il y a eu beaucoup d’arrivées ces dernières années. Avec une moyenne d’âge autour de 40 ans, le renouvellement n’est pas pour tout de suite. C’est plus ouvert du côté de l’ameublement et de l’agencement intérieur, avec une mode actuelle pour le sur mesure» tempère Christian Dubois.
La construction bois garde cependant un potentiel résumé par deux chiffres : en Franche-Comté, le bois est concerné par 20 % des constructions de maisons individuelles contre 11 % pour l’ensemble de la France. Mais du côté de l’Allemagne ou de l’Amérique du nord, ces taux sont au-delà de 70 %. «Un des soucis de ce côté est la concurrence de promoteurs étrangers qui viennent avec une main d’œuvre bon marché». Philippe Gouget, chef de l’entreprise de construction bois ALD à Port-Lesney, confirme cette crainte. «Sur les chantiers, on voit arriver des promoteurs étrangers qui n’ont pas les mêmes charges de salaires. Certes, la main d’oeuvre n’a pas les mêmes qualifications, mais elle apprend vite». La baisse des commandes actuelle, la hausse des prix de la matière première et une part de plus en plus importante des produits transformés provenant de l’extérieur ne le rassurent pas.
«On essaie de rester compétitifs sur la partie production et transport de gros volumes, on investit sur le matériel, on cherche à s’adapter». Avec fierté, il évoque la nouvelle maison des parents construite en bois à l’hôpital de Besançon. «Plutôt que se concurrencer, on a travaillé à plusieurs entreprises locales sur ce marché. Regrouper nos compétences est une solution alors qu’on a parfois tendance à être trop individualistes».

Innovations techniques

S’il est inquiet de l’état actuel du marché, Philippe Gouget n’en est pas moins fier des innovations dont les entreprises franc-comtoises sont capables. Dans son atelier, il montre un outil unique en son genre, une table de montage permettant d’assembler verticalement une paroi en bois. «La personne travaille en hauteur, en restant debout. C’est plus confortable pour elle et cela occasionne un vrai gain de place dans l’entreprise car le mur est posé verticalement et non à plat». Autre innovation chez ALD, l’assemblage à l’aide des cônes Hoffman (du nom de son inventeur allemand) adapté aux besoins des constructions. Ces cônes remplacent les clous (voir photo). «C’est plus facile à utiliser et ils offrent une résistance double d’un clou» annonce-t-il en expliquant que cette évolution technique a été réalisée grâce à une plateforme regroupant les lycées de Mouchard, Pontarlier et Moirans et l’Université de Franche-Comté. Significativement, ALD compte une petite trentaine de salariés dont 5 en bureau d’études. L’atout est peut-être là : avec son savoir-faire, la région peut miser sur le développement technologique pour garder une avance.

Stéphane Paris

(1) Association pour le développement de la forêt et de l’industrie du bois en Franche-Comté, 20 rue François Villon, 25041 Besançon cedex (03 81 51 97 91)
(2) Lycée des Métiers du bois, rue de Strasbourg, 39330 Mouchard (03 84 73 74 00)
Lycée Pierre Vernotte, 6 route de Saint-Laurent, 39260 Moirans-en-Montagne (03 84 42 02 07)
Institut européen de formation, compagnons du tour de France, 2 rue Léopold Alixant, 39330 Mouchard (0810 501 810)
En photo
Entreprise ALD, Port-Lesney. Assemblage de parois sur table de montage verticale à l’aide de cônes Hoffman : une double innovation.

A voir :
le reportage Besançon TV/TOPO

Formations
Pour connaître les métiers et les parcours :
- adib-franche-comte.com
- metiers-foret-bois.org
- foret-bois-franche-comte.com

Lire aussi
- témoignage d'Etienne Pujol

- métiers de la scierie



Retour

Commentaires

Afin de poster un commentaire, identifiez-vous.

Se connecter S'inscrire

articles

express

Ambulancier


décembre 2022
Pour rendre le métier attractif et pallier le manque de professionnels, la nouvelle formation d’ambulancier est entrée en vigueur en septembre, marquant une volonté de reconnaître l’importance du rôle tenu par l’ambulancier en tant que professionnel de santé et du transport sanitaire. Le cursus dure un peu moins de 6 mois et comprend 3 stages. De nouveaux référentiels d’activités, de compétences et de formation ont été établis autour de 7 domaines d’activités : prise en soin d’un patient, réalisation d’un recueil de données cliniques du patient, contrôle et entretien du véhicule, contrôle et entretien des matériels, équipements et installations du véhicule, traçabilité des informations liées au patient, travail en équipe, traçabilité et transmission de savoir-faire issus de la pratique professionnelle. Concrètement, l’ambulancier aura de nouvelles compétences et pourra notamment réaliser certains soins d’urgence. Pour la formation, certains candidats peuvent bénéficier d’une équivalence ou d’un allègement selon leurs diplômes ou certificats. En savoir +

Finales nationales 2022


février 2022
Les finales nationales se sont déroulées dans 64 métiers différents de 7 pôles (alimentation, automobile et engins, communication, végétal, BTP, industrie, service) et ont rassemblé près de 600 compétiteurs à Eurexpo Lyon. Cette ville devrait recevoir la compétition mondiale 2024.

46es wordskills


février 2022
La phase de compétition worldskills en cours est la 46e. Anciennement Olympiades des métiers, devenus compétition des métiers, les worldskills se déclinent en épreuves régionales, nationales, européennes et internationales. Les meilleurs de chaque phase sont sélectionnés pour l’échelon suivante (au niveau national, le 1er part aux épreuves internationales, le second aux européennes). Chaque phase met aux prise des jeunes dans de nombreuses spécialités professionnelles. Cette compétition est ouverte à tous les jeunes de moins de 23 ans, quels que soient leur statut (apprenti, lycéen, étudiant, salarié, demandeur d’emploi).

Métiers de demain


février 2022
La chaîne parcoursmetiers.tv lance une série sur "les métiers de demain". Un chiffre : pour 85 % des élèves actuellement scolarisés, le métier qu'ils exerceront en 2030 n'existerait pas encore. Dans le premier épisode, le métier de thérapeute en désintoxication digitale est à l'honneur. Ce métier d'avenir se développe pour lutter contre les nouvelles addictions à Internet.

#Rejoinsleservicepublic


mai 2021
L'Etat lance une campagne pour recruter des jeunes. Destinée à mieux faire connaître et valoriser la diversité de la fonction publique, tant en termes de secteurs, que de carrières, cette initiative titrée « travailler pour l’Etat ce n’est pas ce que tu crois » est née d'un constat paradoxal : « La fonction publique souffre d’un déficit de visibilité et d’attractivité auprès des jeunes, le nombre de candidatures aux concours ayant été divisé par deux entre 1995 et aujourd’hui. Le désir d’engagement des jeunes au service de tous, en particulier dans le milieu associatif, atteint pourtant des records. » Cette année, la fonction publique propose par exemple 100 000 postes aux jeunes. Pour les connaître : #Rejoins le service public sur les réseaux sociaux et fonction-publique.gouv.fr.
Voir tout