mars 2019

Vipères : que sont vraiment ses serpents ?

Les phobies et les idées reçues sont exagérées par rapport aux accidents, qui demeurent rares.
Dessin Christian Maucler
Vipères : que sont vraiment ses serpents ?

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Le printemps revient, les vipères avec. Faut-il avoir peur ? Pas vraiment. En tout cas moins que ce que laisse supposer certaines idées, qui avaient mené à une logique de destruction au début du siècle dernier. Statistiquement, il vaut mieux se méfier des guêpes et des frelons : en France, il y aurait 1000 à 2000 morsures de serpent par an, dont un quart avec injection de venin, dont 20 % nécessitent une hospitalisation. Au total, le nombre de décès est inférieur à 1 par an (1). En Suisse, où l’on trouve les mêmes espèces de vipères que dans la région (aspic et péliade), on ne recense qu’un décès depuis 30 ans, dû à une allergie.
«La vipère n’est pas un animal agressif, mais plutôt craintif indique Alix Michon, herpétologue à la LPO Franche-Comté (2). Elle est diabolisée alors que c’est plutôt elle qui doit nous craindre ! Le prédateur de la vipère, c’est l’homme et pas l’inverses». Beaucoup d’idées reçues circulent autour d’elles et des serpents en général. Elles sont amplifiées par une phobie répandue. «Moi-même, j’avais peur des serpents par méconnaissance. Aujourd’hui j’arrive à les approcher» sourit Alix Michon. Si elles ont longtemps été chassées, aujourd'hui elles sont protégées par la loi. Il est interdit de capturer et de détruire un serpent.

   Tout ce qui est rampant et sans pattes
   n’est pas une vipère


Si une morsure est rarement fatale, elle reste néanmoins à prendre au sérieux. Même si l’accident est rare, autant prendre ses précautions, en respectant quelques recommandations simples (voir ci-contre). Savoir que les grandes périodes de rencontre sont la fin de l’hiver lorsqu’elles sortent pour emmagasiner de la chaleur, le moment de la reproduction entre mars et juin puis septembre-octobre lorsque les jeunes sont en dispersion - ces jeunes possédant par ailleurs un venin moins dangereux, aux effets très limités. «En période de grosse chaleur, elles sont calmes et n’ont pas besoin de sortir. Il n’y a aucun risque de marcher sur un serpent. L’idée qu’elles doivent s’exposer au soleil est une croyance» note Nicolas Varanguin, l’autre herpétologue de la région, qui travaille à la société d’histoire naturelle d’Autun. Il est également plus probable de croiser une vipère lorsqu’on fait une pause que pendant qu’on marche, les vibrations du sol les incitant à fuir.
Morsure n’est pas non plus accompagnée systématiquement de venin. «Le premier réflexe d’une vipère, c’est de fuir rappelle Alix Michon. Lorsqu’elles mordent, c’est pour se défendre, lorsqu’elles sont acculées. Mais elles n’ont pas intérêt à injecteur leur venin. Elles préfèrent le garder pour leurs proies». Indication : une morsure avec envenimation est vraiment très douloureuse.
Le choc de la morsure n’est pas à négliger mais quoi qu’il arrive, il faut éviter de paniquer. D’ailleurs les couleuvres mordent aussi - sans venin. Dans la fugacité du moment et pour un non-spécialiste, il n’est pas évident de faire la distinction, d’autant qu’il existe des couleuvres vipérines à l’apparence proche (comment distinguer une vipère d’une couleuvre). Tout ce qui est rampant et sans pattes n’est pas une vipère. Précision importante : les vipères ne nagent pas. «Le plus souvent, les gens pensent voir une vipère confirme Nicolas Varanguin. Mais plus d’une fois sur deux, il s’agit d’une couleuvre». Quoi qu’il en soit, il faut se rendre chez le médecin. «Mais c’est recommandé pour n’importe quel type de morsure signalle Alix Michon. Que l’on soit mordu par un chien, un chat ou un lapin, il faut aller chez le médecin».

S.P.

En savoir plus : franche-comte.lpo.fr ; shna-autun.net ; vipera.fr


Notes
(1) Les abeilles, guêpes et frelons sont responsables de 10 à 15 décès par an en France.

(2) Herpétologue ou erpétologue : spécialiste des reptiles et des amphibiens. Le mot vient du grec signifiant rampant. Pour l’anecdote, c’est Césaire Phisalix, herpétologue de Mouthier-Hautepierre (Doubs), qui a mis au point le sérum antivenimeux en 1894.

Recommandations

En promenade dans les zones d’habitat des vipères, il vaut mieux avoir les jambes couvertes (en particulier lorsqu'on est dans un "patchwork" d'herbe). Lorsqu’on s’arrête pour une pause, faire attention où l’on s’asseoit. Après un bivouac, faire attention à son sac. On peut se munir d’un anti-venin – mais cela n’empêche pas la consultation médicale.
En cas de manipulation de tas de bois, de foin, murs de pierre, matériel stocké, mieux vaut porter des gants et signaler sa présence en tapant des pieds.
En cas de rencontre, garder son calme et s’éloigner lentement.
En cas de morsure, toujours garder son calme car l’agitation répand le venin.  Beaucoup d’idées reçues ayant longtemps circulé sont à proscrire : faire pression sur la morsure, la chauffer, faire un garrot… Au contraire, il faut éviter de garroter, enlever les bijoux, bracelets ou ce qui peut faire pression, s’asseoir et appeler le samu (le 15).

Dans la région
Des 4 espèces de vipères présentes en France, 2 vivent en Bourgogne-Franche-Comté : l’aspic (photo 1) et la péliade. L’aspic est présente vers Dijon et Chalon, dans la vallée de l’Yonne, en bord de Loire, au cœur du Morvan et dans les quatre départements francs-comtois, de 250 à 1000 m. Sur les zones bourguignonnes, elle serait délogée par la couleuvre verte et jaune qui a tendance à occuper les mêmes habitats. La vipère péliade n’est pas observée dans la partie bourguignonne. En Franche-Comté, elle est plutôt autour du bassin du Drugeon et dans le haut Doubs.

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