mai 2019

« Le César va faciliter les choses »

Le réalisateur Rémi Allier, 31 ans, est né à Mâcon, a grandi à Cruzille, et est allé au collège à Lugny (Saône-et-Loire). En février dernier, il a décroché le César du meilleur court-métrage. Entretien.
Photo Caroline Doutre

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Quand as-tu commencé à t’intéresser au cinéma ?
Mon père empruntait, à son travail, une caméra quand il le pouvait. J’ai commencé à faire des petites vidéos avec quand j’avais 8 ans. Au même âge, j’ai découvert Le grand bleu de Luc Besson. C'est là que j'ai commencé à parler de cinéma, que mes parents m'ont offert un livre sur les métiers du cinéma. Je disais que réalisateur, ça avait l'air chouette. A l'époque, je voulais un peu être Luc Besson, puis, j'ai grandi (rires). Quand je suis arrivé en fin de collège, mes parents m'ont offert un caméscope pour mon anniversaire. J'ai commencé à faire de petites vidéos, à filmer mes copains, et à faire des montages. Ma mère est très cinéphile, alors j'allais souvent au cinéma avec elle à Tournus et à Mâcon. J'ai fait un stage à l'Office municipal de la culture de Cluny, encadré par des cinéastes. Après le collège à Lugny (Saône-et-Loire), je suis allé à Lyon, au lycée Lumière, où il y avait une option cinéma assez réputée, pour faire un bac littéraire. C'est là-bas que j'ai appris comment fonctionnait le cinéma. Ensuite, j'ai étudié le montage à Paris, et je suis allé étudier en Belgique, à l'Institut des arts de diffusion.

Le milieu dont tu rêvais plus jeune est-il celui dans lequel tu évolues aujourd'hui ?
Oui car j'ai toujours rêvé de faire du cinéma et je suis dedans. Par contre, je crois qu'on l'idéalise un peu quand on est enfant. Je voyais cela comme quelque chose de facile. Ce métier est passionnant et me plait au quotidien mais c'est aussi très difficile, c'est beaucoup de travail et de doutes. C'est fantastique quand ça marche, mais quand on écrit, c'est moins simple. C'est inhérent à toute création, c’est normal de se remettre en question. Il m'arrive de rêver à d'autres choses, à faire de la cuisine, à me lancer dans la restauration, par exemple. C'est peut-être quelque chose que je ferai un jour, mais pour l’instant, j'ai la chance que les choses avancent de manière constante et sereine.

Tu n’as jamais voulu être face à la caméra, plutôt que derrière ?
J'ai une approche assez pragmatique de mon métier. Ça m'a toujours intéressé d'expérimenter un peu devant la caméra, pour comprendre comment tout fonctionne. Je le fais avec plaisir de temps en temps mais je n'ai pas forcément envie d'être mis dans la lumière comme les acteurs. Et puis, j’ai surtout l'impression d'être plus efficace derrière la caméra.

Tu as réalisé trois courts métrages, récompensés par de nombreux prix. Pourquoi avoir misé sur le court métrage ?
C'est un peu un passage obligé si on veut faire du cinéma, surtout quand on est jeune cinéaste. Je réalisais des courts-métrages dans le cadre de l'école, donc ça s'est fait assez naturellement. Mais je travaille depuis un an sur un projet de long-métrage. C'est un travail de longue haleine.

Tu as remporté en février le César du meilleur film de court-métrage pour ton film "les Petites mains". Qu’est-ce que cette récompense a changé ?
Ce césar change beaucoup de choses. D’un seul coup, je suis très sollicité, beaucoup de gens s'intéressent à ce que je fais. J'ai rencontré énormément de gens depuis. Cela va faciliter les choses pour la suite, pour financer des projets. Mais ça ne change rien dans le sens où, moi, je n'ai pas changé. Je me remets au travail et à écrire.

Dans ce court métrage, des employés apprennent la fermeture de leur usine. Bruno, un ouvrier plus radical, enlève Léo, le fils du directeur, âgé d'à peine deux ans, pour tenter de négocier.
L'idée des "Petites mains" était de réfléchir à la question de la violence, de voir d’où elle vient. Quand il y a de la violence dans un contexte de lutte sociale, ce n'est pas le fait de stupides personnages qui sont violents. En fait, cela répond à une violence bien supérieure à celle des ouvriers, une violence systémique, politique, sociale. Bruno, qui prend en otage l'enfant, a peur pour sa vie, pour son travail, parce qu'il est broyé par un système qui le fait souffrir, qui le malmène depuis des années. Quand quelqu'un donne sa vie pour son travail, pour son usine, et son propre corps - le personnage a perdu un doigt au travail -, la réponse qu'on devrait lui donner n'est pas celle qu'on donne aujourd’hui aux ouvriers quand une usine ferme. J'aimerais avancer vers un monde plus égalitaire, qu'on partage davantage les richesses, que la balance penche moins toujours du même côté. Ce sont les mêmes qui souffrent de tous les conflits.

Essaies-tu de donner la parole à ceux qui l'ont peu ?
Oui, j'ai envie de donner la parole aux "petites gens". Je p arle aussi d’un point de vue de l'enfant, à qui on donne très peu la parole car on pense que son regard ne compte pas. Je crois que le regard de l'enfant sur le monde est essentiel. On le voit aujourd'hui avec les collégiens et lycéens qui se soulèvent pour les questions climatiques. C'est intéressant de se rendre compte qu'on reçoit des leçons des plus jeunes.

Tu as grandi à la campagne. Est-ce que cela a influencé ton travail ?
Oui, à la campagne, la vie n'est pas simple pour tout le monde. Les usines ferment depuis des années, le chômage augmente, et il n'y a pas de solution pour proposer un nouvel emploi. Le contexte social y est de plus en plus difficile. Les financements pour la culture diminuent. J'ai grandi avec l’idée que les gens les moins puissants sont les moins aidés, le moins accompagnés. J'ai commencé à me politiser vers 15 ans. Depuis, je ne vois pas d'évolution positive. Mon regard est un peu conditionné par ce parcours là.

Qu'est-ce que tu retiens de tes années passées en Bourgogne ?
J'avais le sentiment que la culture était difficile d'accès. Les lieux de culture sont rares et éloignés. La première ville était à 35 minutes en voiture de chez moi. Si je voulais aller à la bibliothèque, au cinéma, au musée, acheter un livre, au théâtre, au concert, c'était toute une organisation. J'avais la chance d'avoir des parents véhiculés qui m'emmenaient et me poussaient à avoir toutes sortes d'activités. Mais ce n'est pas le cas de tous les enfants de mon village et de ma région. Beaucoup n'ont pas accès à tout ça et ont peu de chances de s'ouvrir au monde, grâce à une culture développée par tous ces apports là. J'ai grandi avec un sentiment d'être un peu laissé pour compte. Toutes les activités associatives et manifestations, je les ai vues disparaître ou se réduire, du fait de coupes budgétaires.


Recueilli par Chloé Marriault
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